Construire la grille du DevDay, c'est surtout arbitrer. Comment on s'y prend, et ce qu'on refuse systématiquement.
Quarante conférences, sept salles, neuf heures. Sur le papier c'est un tableau Excel. En réalité, c'est trois mois d'arbitrages.
Le call for papers amène chaque année beaucoup plus de propositions que de créneaux. La grille ne se construit donc pas en choisissant les meilleures : elle se construit en écartant tout ce qui se ressemble.
Deux excellents talks sur le même sujet, c'est un talk de trop. On garde celui qui apporte un retour d'expérience vécu plutôt qu'un tour d'horizon.
Sept salles en parallèle, ça veut dire sept choix simultanés à chaque créneau. Si deux sessions très attendues tombent en même temps, on a raté notre travail. On passe donc autant de temps sur l'ordonnancement que sur la sélection.
La règle interne est simple : à aucun moment de la journée un participant ne doit avoir zéro session pertinente pour son parcours.
Pas de session sponsorisée déguisée en talk technique. Pas de keynote produit. Un sponsor peut monter sur scène, mais avec un sujet qui passe le même filtre que les autres.
C'est le genre de règle qui coûte de l'argent et qui fait revenir les gens.
Le call for papers 2026 a changé de visage. Ce que les propositions reçues disent de l'état du métier.
On a dépouillé les propositions reçues pour l'édition 2026. Le résultat dit quelque chose d'intéressant sur l'état du métier.
Il y a deux ans, les sujets IA tournaient autour de « regardez ce qu'on peut faire ». Cette année, la majorité des propositions parlent de ce qui casse : coûts qui dérapent, latence impraticable, réponses impossibles à évaluer, garde-fous contournés.
C'est le signe d'une technologie qui sort de la phase démo. Les gens ont mis des choses en production et reviennent avec des cicatrices.
Autre constat : une bonne partie des talks estampillés architecture, DevOps ou sécurité contiennent désormais un volet IA. Non pas comme sujet principal, mais comme composant du système décrit.
C'est précisément pour ça qu'on ne fait pas de track « IA » qui aspirerait tout. Le sujet est devenu transversal.
Le niveau d'exigence attendu sur scène. Une proposition qui explique ce qu'est un LLM est refusée, quelle que soit la qualité de l'orateur. Le public sait déjà.
Développeurs, AI Builders, Executives : le découpage n'est pas une trouvaille marketing. Il vient d'un constat fait édition après édition.
La question revient à chaque édition : pourquoi ne pas faire un seul programme et laisser chacun piocher ? On a essayé. Ça ne marche pas, et voici pourquoi.
Quand tout le monde regarde la même grille, deux choses se produisent. Les développeurs passent à côté de sessions techniques pointues noyées au milieu de talks stratégiques. Et les dirigeants, faute de repères, se retrouvent dans une salle où l'on déroule du code pendant quarante minutes.
Personne n'y gagne. L'orateur perd la moitié de son public, et le public perd une heure.
Un développeur vient chercher de la profondeur technique et des retours d'expérience en production. Un AI builder affronte des questions d'évaluation, de coûts et de garde-fous que le premier ne rencontre pas encore. Un dirigeant arbitre des budgets et des recrutements sans avoir besoin de voir une ligne de code.
Ce ne sont pas des niveaux différents du même sujet. Ce sont trois métiers avec trois grilles de lecture.
Il ne vous enferme pas. Le billet donne accès à l'ensemble de l'événement, et les salles sont ouvertes. Le parcours est une boussole, pas une barrière : il vous dit où vous avez le plus de chances de trouver ce que vous cherchez.
En pratique, beaucoup de participants naviguent entre deux parcours dans la journée. C'est exactement l'usage prévu.